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samedi 8 décembre 2012

Zermati, Linecoaching, régimes et hyperphagie (7)

Ce billet, certains des lecteurs de ce blog l'ont déjà lu ailleurs... Mais puisque j'avais abordé mon parcours alimentaire ici, je ne pouvais pas ne pas y aborder sa conclusion...


La photo ? La vue que j'ai au boulot depuis qu'on a déménagé, une vue magnifique sur Bruxelles que la photo prise à l'aide de mon portable ne rend vraiment pas...
Je vais très bien. Je pense que j’arrive au bout du chemin Linecoaching. J’aurai mis beaucoup de temps : je suis inscrite depuis un an et quatre mois. Lorsque je me suis inscrite, j’étais très pressée et je n’attendais qu’une chose : maigrir. Et puis, petit à petit, j’ai abandonné l’idée de maigrir vite et j’ai appris à me respecter, à être bienveillante et gentille envers moi-même. J’ai appris à vivre mes émotions. Je ne sais pas le nombre de fois où j’ai cru que « ça y était, j’avais compris le truc, mes problèmes alimentaires étaient terminés ». Sauf qu’il s’agissait toujours de périodes « Miss Parfaite » comme je les appelle, durant lesquelles j’étais de bonne humeur, un peu hystérique, un peu hyperactive et en mode « régime des sensations ». A chaque fois, au bout de deux-trois semaines, cette humeur particulière retombait et je replongeais dans les compulsions, je reprenais le poids perdu.

Ce que je vis en ce moment est très différent. Je ne suis pas en mode Miss Parfaite mais plutôt en mode calme et sereine. Après avoir appris à me respecter, j’apprends à me faire respecter par mon entourage.Je n’ai plus peur, je suis devenue capable de prendre soin de moi.

Pourquoi est-ce que j’ai l’impression d’être arrivée au bout du chemin ? Parce que je me sens calme et sereine. Parce que je mange sans y réfléchir, sans me casser la tête, naturellement. Parce que je suis mes envies sans aucun sacrifice ni regret. Parce que je ressens fort le goût du gras que je trouve très lourd et qui me satisfait dorénavant rapidement. Parce que j’ai beaucoup moins envie de sucré. Parce que quand je mange de façon compulsive (ça m’arrive encore parfois mais bien plus rarement), je m’arrête rapidement parce que décidément, ça n’a pas bon goût. Parce que les compulsions n’ont pas tout à fait disparu mais que j’ai compris qu’il n’y aurait pas une date-clé à partir de laquelle je mangerais toujours-tout-le-temps-parfaitement. Parce que je ne suis pas en mode miss parfaite. Parce que j’ai dépassé le cap fatidique des trois semaines. Parce que je n’ai pas peur (ou si peu). Parce que je ne suis pas hystérique à l’idée de perdre du poids. Parce que je ne passe pas mon temps à m’observer sous toutes les coutures malgré le fait que je perde du poids. Parce que je ne me pèse pas compulsivement. Parce que je ne fais pas des calculs savants pour tenter de deviner quand je pèserai le poids que j’aimerais peser. Parce que je n’ai pas peur des excès alimentaires, il suffit que j’attende le retour de la faim. Parce que je me sens calme et sereine et non pas hystérique et hyperactive. Parce que j’ai appris prendre soin de moi, je n’attends plus des autres qu’ils le fassent à ma place. Parce que je n’ai plus besoin de ma béquille nourriture. Parce que je suis bienveillante et gentille envers moi-même. Parce que je prends soin de moi, c’est devenu naturel, je sais ce dont j’ai besoin et quand j’en ai besoin. Parce que je pratique la pleine conscience de manière naturelle et informelle : régulièrement, sans y penser, je me « branche » sur moi-même, ma respiration, mes émotions. Parce que maintenant que je me respecte, j’apprends à me faire respecter par les autres.

Ça fait longtemps que je suis sur Linecoaching et j’avais fini par cesser d’y croire. Un an et quatre mois ! Je pensais que si mon comportement alimentaire avait dû changer, il l’aurait déjà fait. Sauf qu’il l’avait fait, en fait, mais il faut du temps pour que tout devienne vraiment naturel, vraiment inconscient. Je ne pense plus à la dégustation, je déguste. Je ne pense plus à la pleine conscience, j’en fais. Je ne pense plus à ma faim et à ma satiété, je les respecte. Tout simplement.

Alors merci. Je ne sais pas trop à qui j’adresse ce mot mais merci du fond du cœur, merci pour tout. Des années de souffrance, des années d’incompréhension, des années de rejet envers moi-même. Durant des années, je me suis maudite et détestée, accusée de tous les maux, persuadée de ne rien valoir et de n’avoir aucune volonté.

Et puis j’ai dégoté un livre, une porte, un espoir. Et puis je me suis inscrite sur un site internet et j’ai entamé un apprentissage. Et puis j’ai commencé une thérapie qui s’est révélée complémentaire à Linecoaching et qui m’a permis d’apprendre à me respecter, à respecter mon corps et finalement, à me faire respecter (ce dernier point est toujours en cours uh uh, pas si facile !). Et puis aujourd’hui, après avoir fêté mes vingt-cinq ans il y a quelques semaines, je réalise que j’arrive au bout du chemin. Et je suis heureuse !

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mercredi 30 mai 2012

Zermati, Linecoaching, régimes et hyperphagie (6/6)


Je suis inscrite sur Linecoaching depuis cinq mois. Je n’en peux plus. J’ai trop mal. Trop mal. Je n’y arriverai jamais. Tous ces efforts pour rien, pour rien du tout. Je me sens tellement mal que parfois des idées terribles me traversent l’esprit. J’ai besoin d’aide. Le site ne me suffit plus. J’ai besoin d’aide.

Je téléphone à un centre de thérapie TCC proche de chez moi, je demande à rencontrer quelqu’un qui a déjà soigné des troubles du comportement alimentaire. J’obtiens un rendez-vous. Je dois me faire violence pour ne pas l’annuler. Après tout, je suis quand même plutôt mince, je n’ai pas vraiment de problème, j’ai tout pour être heureuse. Et s’il suffisait quand même d’un peu de volonté ? Qu’est-ce que la thérapeute va penser de moi, une jeune fille presque mince et en bonne santé, qui a tout pour être heureuse et qui vient pleurer dans ses jupes, se plaindre alors qu’elle n’a aucun problème ?

Je me rends au premier rendez-vous. Je tremble, j’ai peur. Et si elle me méprise ? Et si elle me parle comme la psychologue que j’ai vue trois fois il y a trois ans ? Et si elle me dit que je n’ai pas de problème ? Et si elle me conseille un régime ? Au pire, je ne la revois pas, je m’enfuis en courant. Je n’ai rien à perdre. On verra.

Elle me sourit, elle me tend la main, elle me désigne la petite pièce claire et agréable. Je parle. Je raconte. Je pleure. Elle me présente la boite de mouchoirs, réalise qu’elle est vide. Je rigole. Peu importe, j’ai prévu le coup. Je sors mon mouchoir.

Elle ne me parle pas de régime. Elle est bienveillante. Elle ne me contredit pas et ses paroles ne comportent aucun jugement. Aucun. Pas la moindre trace de jugement. Ni désapprobation, ni critique. Aucune mimique qui dénoncerait un reproche mal camouflé. C’est mon vécu, c’est mon ressenti. Elle le respecte. Elle me respecte. Profondément. Ce qui compte, ce n’est pas ma situation objective. Ce qui compte, c’est la souffrance que provoque ma situation. Je rentre chez moi séduite, avec quelques exercices pratiques autour des émotions.

La seconde séance balaie mes doutes. Elle me plaît, elle me convient. Je décide de lui faire pleinement confiance. Son approche me plait et s’adapte parfaitement à mes besoins. Il ne s’agit pas de chercher l’origine des problèmes dans mon enfance. Il s’agit de travailler un petit peu chaque jour pour changer mon présent. Une approche similaire à celle de Linecoaching, en fait. Ça me va parfaitement, ça correspond à ce en quoi je crois. Comprendre le passé, c’est bien. Mais ça ne suffit pas à transformer le présent. Et ce dont j’ai besoin, c’est d’aller mieux, aujourd’hui et maintenant.

Lorsque je lui raconte la chose dont je n’ai jamais parlé à personne, elle écoute. Et elle réagit exactement de la manière dont je souhaitais qu’elle réagisse (alors même que j’ignorais ce que je souhaitais, en fait). Sans juger, sans s’offusquer, sans critiquer les personnes impliquées. Je suis conquise. J’ai trouvé la personne qu’il me fallait, celle qui m’aidera à sortir du trou.

Les exercices se succèdent. Tant sur Linecoaching qu’en compagnie de ma thérapeute. Et petit à petit, je change, je me transforme. Des exercices qui portent sur l’acceptation du corps, sur le vécu des émotions, sur le réconfort, sur la bienveillance, sur l’estime de soi. Je reste moi et pourtant je change. Je suis la même. Presque. Une version améliorée de moi-même, sauf que non, en fait. Moi-même, celle qui était blottie au fond de moi depuis toujours mais que j’avais enterrée à force d’incompréhension et de peur.

J’apprends à être gentille et tolérante avec moi-même. Quand je suis fatiguée, je me repose et je cesse de me traiter de moule, par exemple. Se pelotonner dans le canapé avec un bon bouquin n’est pas un crime, même s’il reste du repassage. D’ailleurs, le repassage que je ne cessais de reporter, je le fais dorénavant presqu’avec plaisir, même si ce n’est pas agréable. Parce que, grâce à la méditation en pleine conscience, j’apprends à vivre le présent même s’il est désagréable. Je vis l’inconfort que provoquent mes émotions douloureuses. Je vis l’inconfort provoqué par les tâches ménagères désagréables. Je vis le positif, aussi. Je deviens pleinement moi. Et j’accepte de ne pas être parfaite.

Depuis que je vois ma thérapeute, j’ai cessé les yoyos. Mon poids est stable. Je ne maigris plus, je ne grossis plus. Je suis stabilisée à un poids trop élevé à mon goût. Mais j’apprends à l’accepter. Les compulsions sont encore légions : quoi de plus normal avec tout ce travail ? Avec tout ce que je remue, je mange beaucoup. Trop. Du sucré. Mais ça ne m’inquiète plus. J’ai la certitude que ça passera, quand je serai prête. Pour le moment, j’accepte d’être une fille malade qui a besoin du réconfort apporté par la nourriture pour vivre ses émotions douloureuses.

D’ailleurs, j’ai renoncé à maigrir à court terme. Plus de pression de maigrir, quelle liberté ! J’ai acheté des vêtements à ma taille même si cette taille m’insupporte. Pour le moment, je suis comme ça. Lorsque j’irai mieux, lorsque j’aurai vraiment assimilé le concept de vivre ses émotions plutôt que les éviter, les crises s’estomperont, et je maigrirai. Je ne suis plus pressée.

Ça fait neuf mois que je suis inscrite sur Linecoaching. Ça fait bientôt cinq mois que je vois ma thérapeute. Et je vais bien ! Je me sens bien. Je suis heureuse. Je commence à trouver un certain équilibre. Un équilibre émotionnel, un équilibre dans ma vie, un équilibre au boulot, un équilibre dans mon couple. J’ai cessé de mentir. La tempête s’apaise. L’orage est derrière moi. Je me sens calme et sereine. Le plus dur est derrière moi. Je le sens, je le sais.

mardi 29 mai 2012

Zermati, Linecoaching, régimes et hyperphagie (5/6)


J’ai achevé l’étape de la faim (sauter un repas pour apprendre à reconnaître la faim). Elle ne m’a guère apporté : la faim, je connaissais déjà, je n’avais aucun mal à la repérer. Pareil pour la satiété. Je n’ai pas fait suffisamment longtemps régime pour perdre ces notions. Par contre, j’ai une peur terrible de la faim. Je le savais déjà. Elle m’a fait tellement souffrir. Plus jamais je n’imposerai ça à mon corps ! Une famine, une véritable famine organisée et voulue. Comment en étais-je arrivée à de telles extrémités ? Plus jamais. Je te le jure, mon corps, plus jamais.

Par contre, deux notions ont attiré mon attention : la dégustation, et les émotions. J’étais passée complètement à côté lors de la lecture du livre du Dr Zermati. Pourtant, elles sont d’une importance capitale pour moi, elles sont les clés qui me permettront de résoudre mes problèmes.

Au bout de quelques semaines de Linecoaching, je finis par réaliser que je mange pour anesthésier des émotions douloureuses. D’ailleurs, les émotions, je ne les ressens pas : elles se cachent derrière les envies de manger. Quelle révélation ! C’était donc ça, l’origine des terribles envies de manger qui me saisissent, qui m’arrachent à mes activités et me jettent sur le chocolat, qui me poussent à me précipiter vers le magasin le plus proche et à dévaliser le rayon sucreries. Envies destructrices et irrésistibles, envies totalement incontrôlables.

Les Dr présentent la pleine conscience comme un outil de choix pour permettre de gérer ses émotions et d’éviter de se jeter sur le chocolat. Je ne comprends pas, ça ne fonctionne pas pour moi. Et puis, soudain, alors que je relis le blog de Caroline, je comprends. Lors des séances de méditation en pleine conscience, je ne dois pas uniquement me concentrer sur mon souffle. Je dois me concentrer sur tout ce qui se passe en moi, sur mes émotions et les réactions physiques qui en découlent. Mon corps réagit à mes pensées ou aux événements extérieurs via des émotions. Ces émotions, je les ressens physiquement : mon souffle s’accélère, je ressens une douleur dans la poitrine, ou un gouffre à la place du cœur comme si on me l’avait arraché, j’ai la gorge serrée, des picotements dans les bras.

Quelle découverte ! Non seulement les émotions me font manger mais en plus elles se manifestent via mon corps. Si je suis attentive, si je suis à l’écoute de moi-même, les émotions qui se cachaient derrière les envies de manger m’apparaissent. Et c’est ça le but de la méditation en pleine conscience : se centrer sur soi, sur ses pensées, sur son corps, et surtout sur ses émotions. Pour apprendre à les vivre. Vivre avec. Ne pas les éviter, ne pas les étouffer, ne pas les anesthésier à coups de chocolat. Juste vivre. Devenir tolérante aux émotions, leur faire une place en moi. « Quoi que ce soit, je peux le vivre ! ». Plus besoin de chocolat. C’était donc ça !

Ça fait trois mois que je suis inscrite sur Linecoaching. Je continue à yoyoter au gré de mes compulsions, je continuer à alterner des phases positives et négatives. Trois mois ! Ils auraient pu donner des instructions plus claires sur la respiration en pleine conscience, ça m’aurait évité de perdre ces trois mois ! Sauf que c'est sans doute moi qui ai préféré ne pas comprendre. Quoi qu'il en soit, maintenant que j’ai compris, mes troubles du comportement seront bientôt derrière moi. Il suffit de vivre les émotions. Pas bien compliqué.

Aïe. J’ai mal. Je souffre. Mes émotions sont tellement douloureuses. Elles me brûlent de l’intérieur, je parviens à peine à les supporter, à les vivre. Tout ce mal-être fait vraiment partie de moi ? Toute cette douleur, toute cette souffrance ? Tout ça avait sa place en moi ? Sans même que je le réalise ? C’est tellement dur à vivre, tellement dur à ressentir. Je veux que ça s’arrête. Je veux que ça s’arrête ! Vite, du chocolat.

C’est difficile. Bien plus difficile que ce que j’imaginais au départ. Mais je n’abandonne pas. Je sais que c’est la clé, je sais que c’est la solution. Vivre mes émotions. D’ailleurs, les séances de pleine conscience commencent à faire de l’effet dans ma vie. Je ne me contente pas de vivre mes émotions. Je vis ma propre vie, aussi. Depuis toujours, j’ai le sentiment que les minutes, les heures et les années s’écoulaient devant moi sans que je n’en fasse rien. J’ai toujours attendu d’être à nouveau mince pour être enfin heureuse. Dorénavant, je vis. Dorénavant, je ne me contente plus d’être spectatrice de ma vie : je suis actrice !

Ce n’est pas facile. Mes émotions sont terriblement douloureuses, elles me font mal et je ne parviens pas toujours à les vivre. Je continue à yoyoter. J’apprends la bienveillance. J’apprends à être gentille avec moi-même. Je lis le forum de Linecoaching quotidiennement. Je dévore les réponses que les Dr adressent aux linecoachées, personnellement. Ils se montrent tellement disponibles, bienveillants, tolérants. Je n’en reviens pas ! J’ai envie de leur hurler MERCI pour leurs livres, pour leur site, pour leur méthode et pour leur bienveillance. Je continue à souffrir de mes troubles du comportement alimentaires mais j’ai trouvé la clé, grâce à eux. Je sais que chaque jour et chaque semaine me rapproche de la sérénité alimentaire.

lundi 28 mai 2012

Zermati, Linecoaching, régimes et hyperphagie (4/6)


Nous sommes le premier janvier 2011. Drôle de hasard, je découvre ce bouquin pile au moment des bonnes résolutions. Il n’y en aura qu’une pour moi : manger en suivant mes sensations, manger en suivant ma faim et ma satiété. Et maigrir, enfin.

Je mange de tout, ce dont j’ai envie, y compris et surtout du chocolat, mais uniquement quand j’ai faim. Je continue à compter les calories pour être sûre : en suivant ma faim, je ne mange pas des quantités de nourriture astronomiques. Pas du tout. Et je suis mes envies. Après tant de privation, il est normal qu’elles me poussent vers le sucré. D’après le Dr Zermati, ça passera : on ne peut pas avoir envie uniquement de chocolat jusqu’à la fin de ses jours. De toute manière, l’équilibre alimentaire ne se fait pas sur une seule journée mais sur dix jours. D’ailleurs, il a raison : après quelques jours de chocolat, les envies de légumes surgissent, envahissantes.

Ça fait trois semaines. Trois semaines que je mange de cette manière-là, en m’autorisant tout ce dont je souhaite, dans les limites de ma faim. Jusqu’à hier, je n’avais pas perdu le moindre gramme. Et aujourd’hui, miracle, j’ai perdu trois kilos ! Trois kilos, du jour au lendemain, après trois semaines de patience. Comme si mon corps hésitait à les lâcher et qu’il avait fini par céder. Je me sens bien, je suis pleine d’énergie. La vie est belle !

Que m’arrive-t-il ? Je me sens mal, je me sens triste, je me sens déprimée. Je n’ai plus le courage d’aller faire du sport, je n’en ai ni la force ni l’envie. Je ne souhaite qu’une seule chose : mon lit. Je recommence à dépasser ma faim, je recommencer à manger n’importe comment. Les compulsions refont leur apparition. Au secours !

Ouf, ça va mieux. Je me sens mieux. Par contre, j’ai repris tout le poids perdu. Pas étonnant, après deux semaines de crises sans discontinuer. Tant pis. Je me sens terriblement mal dans ce corps mais je ne recommencerai pas les régimes. Cette méthode est tellement sensée, tellement logique. Je suis certaine que c’est la bonne. D’ailleurs, la preuve : quand je suis mes sensations, je maigris. Pas étonnant que ce soit difficile, pas étonnant que les crises ne disparaissent pas du jour au lendemain : après tant d’années en restriction cognitive, après tant d’années de privation, le corps et l’esprit se rebellent. Ils n’y croient pas. Allez, on recommence, on continue.

Ça fait six mois. Six mois que j’ai découvert Zermati. Six mois que j’ai cessé les régimes. Pourtant, les compulsions ne cessent pas. Je continue à perdre et à prendre du poids au gré des phases où je « zermate » et de celles où je compulse. Je continue à mentir à Muche, à lui affirmer que je mange bien, que je vais bien. Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à mettre tout ça en pratique ? Pourquoi est-ce que je résiste ?

Depuis que j’ai lu le livre du Dr Z, je lis également le blog « Pensées de ronde » de Caroline. Dans la rubrique "Zermati et moi", elle y relate son parcours avec Zermati, entre autres. Dans un billet, elle parle de l’ouverture du site Linecoaching. Un coaching en ligne par les Dr Zermati et Apfeldorfer qui partagent la même vision de l’alimentation et des troubles du comportement alimentaire. Je réfléchis à peine, je m’inscris. Je ne serai plus seule avec mon bouquin, je serai guidée, je pourrai communiquer avec des gens qui ont le même problème que moi et même avec les deux experts.

Ça fait six mois que je tente de mettre la méthode en pratique, je suis presqu’une « experte ». Les deux docteurs préconisent six mois minimum de coaching pour transformer son alimentation et effectuer un travail sur soi. J’estime que trois seront suffisants pour me débarrasser de mes troubles. Après tout, j’ai déjà fait un bon bout de chemin dans mon coin. Je m’inscris quand même pour six, ça revient presqu’au même prix que trois mois.

Première étape de Linecoaching : étape découverte. Dix jours à inscrire ma manière de manger dans un carnet électronique. Grrr, j’enrage. Dix jours de perdus ! J’aimerais passer directement à l’étape suivante mais je prends mon mal en patience. On ne me demande pas d’inscrire ce que je mange mais comment je mange et dans quel état d’esprit. Ai-je faim ? Ai-je trop mangé ? Est-ce que je mange ce qui me fait envie ?

Aux dix jours de carnet découverte succèdent quatre jours durant lesquels je dois faire dix minutes de « respiration en pleine conscience ». Une méditation guidée au cours de laquelle je dois suivre mon souffle, accepter les pensées qui surgissent dans mon esprit, m’en détacher. Facile ! J’avais déjà commencé la sophrologie pour m’aider à gérer mes troubles du comportement alimentaire. Sans guère de résultat, d’ailleurs. On verra bien.

A suivre...

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dimanche 27 mai 2012

Zermati, Linecoaching, régimes et hyperphagie (3/6)

Ça fait quatre ans à présent. Quatre ans que je me bats contre mes troubles. Je veux maigrir, je n’en peux plus ! J’ai déjà acheté des tonnes de bouquins pour maigrir, je n’y suis jamais arrivée, je souffre toujours autant des compulsions alimentaires. Pourtant, me voici à la Fnac, à la recherche d’une solution miracle. Je suis pathétique ! Dire qu’il y a quatre ans je rigolais face aux régimes ridicules qui foisonnaient dans les magazines. Je criais haut et fort qu’il suffisait de manger de tout en petites quantités ! Mais aujourd’hui je suis devenue l’une de ces femmes qui ne pensent qu’à maigrir et qui essayent tout et n’importe quoi en désespoir de cause. Je suis pathétique ! Je saisis un livre au hasard dans le rayonnage. Je lis le résumé, j’accroche, ça a l’air différent des régimes habituels.


Je lis l’introduction. Révélation. Je comprends à cet instant que je suis tombée sur un livre qui va changer ma vie. Vraiment. Pour de bon. Je referme le bouquin, je lis le titre : « Maigrir sans régime », du Docteur Zermati. Je me dirige vers la caisse, accrochée au petit livre comme à une bouée de sauvetage.

J’ai dévoré le bouquin, je l’ai lu d’une traite, incapable de m’arrêter. Il a été écrit pour moi, je ne vois pas d’autre explication. Je lis et je me reconnais, je suis une victime des régimes comme tant d’autres, je me suis fait avoir par la mise en valeur de la minceur, de la maigreur, du contrôle. J’avais tout faux, j’ai déréglé mon propre corps, cette machine bien rôdée. Je l’ai foutu en l’air en cherchant à maigrir alors que je n’en avais nullement besoin. Maintenant, il me faut revenir en arrière, reconstruire ce que j’ai passé quatre ans à détruire, re-tricoter, petit à petit. Retrouver une relation saine et naturelle avec la nourriture. Cesser de souffrir, cesser de réfléchir, cesser de pleurer, cesser de me détester et de m’en vouloir. Vivre.

Comment résumer en quelques lignes un cheminement qui a duré de longs mois ? Comment résumer en quelques lignes une méthode qui a fait l’objet de plusieurs ouvrages ? Bon, je me lance… Voici les notions les plus importantes découvertes dans le livre du Dr Zermati (dont je ne peux que vous conseiller la lecture).

Le poids d’équilibre. Notion importante s’il en est. Chacun possède un poids d’équilibre déterminé qui lui est propre. Ce poids peut être supérieur ou inférieur aux normes de beauté actuelles. Quoi qu’il en soit, il est le nôtre et il est illusoire de chercher à le modifier (c’est-à-dire à descendre en-dessous, puisqu’en général on cherche à maigrir et non l’inverse). On peut décider de tenter de descendre sous ce poids d’équilibre, bien sûr. Mais c’est un choix difficile parce qu’il nous condamne à vivre dans la faim. Un faim inéluctable lorsqu’on cherche à descendre sous le poids qui est le nôtre.

J’ai trop souffert de la faim, souffert de la famine que j’imposais à mon corps pour accepter encore de jouer à ce jeu-là. Je n’y ai gagné que des kilos. J’ai en outre la chance d’avoir un poids d’équilibre dans les normes actuelles. Pour moi, le choix était vite fait : ce serait le poids d’équilibre et rien d’autre.

La faim et la satiété. Mais comment faire pour conserver (ou retrouver ?) son poids d’équilibre ? C’est à la fois très simple et très compliqué : il suffit de respecter sa faim et sa satiété. Si on devait résumer cette méthode en une phrase, ce serait celle-ci : mange quand tu as faim, arrête-toi quand tu n’as plus faim. En effet, notre corps est le meilleur juge en ce qui concerne nos besoins. Le but est de devenir un mangeur régulé, c’est-à-dire un mangeur qui respecte les besoins de son organisme et donc sa faim et sa satiété. De cette manière, on garde un poids stable. Et si on est au-dessus de son poids d’équilibre, on maigrit.

Comment est-il possible de maigrir alors qu’on se contente de manger à sa faim ? Tout simplement parce que si vous êtes au-dessus de votre poids d’équilibre, ça signifie que vous mangez trop, que vous mangez au-delà de votre faim. Manger à votre faim et pas plus vous amènera donc logiquement à diminuer vos portions. Et à maigrir doucement, jusqu’à votre poids d’équilibre.

Il arrive à chacun de manger au-delà de sa faim. Au cours d’un repas festif par exemple. Aucun souci : le lendemain, votre faim mettra plus longtemps à arriver. Si vous n’avez pas faim, sautez le repas. Vous n’en mourrez pas : votre corps n’a tout simplement pas achevé d’assimiler ce que vous avez mangé la veille. Fini, les trois repas obligatoires par jour. Si vous n’avez pas faim, ne mangez pas, ça signifie simplement que votre corps n’a besoin de rien.

On mange ce dont on a envie et on ne se prive de RIEN. Vraiment rien ! Il ne s’agit pas d’un régime. On prête attention aux signaux de notre corps. Notre corps sait ce dont il a besoin. Vous n’avez jamais eu une envie folle d’un bon steak ? Vous manquiez sans doute de fer. Bon, c’est un peu caricatural mais c’est le principe. Si l’on s’arrête à satiété, il y a tout à fait moyen de maigrir de cette manière : 500 calories de salade ou 500 calories de chocolat, ça reste 500 calories, ça fait grossir et maigrir pareil.

Si je suis mes envies, je ne mange que du chocolat, pourtant mon corps n’en a aucun besoin. Dans un premier temps, c’est possible, voire probable. On a envie de ce dont on se prive depuis des années. Au bout de quelques semaines, les autres envies reprennent leur dessus. Imaginez-vous ne manger que du chocolat durant une semaine, à chaque repas. Ça vous paraît faisable ? À un moment donné, on a envie d’autre chose, non ?

La régulation des émotions. L’organisme n’a sans doute pas besoin de chocolat pour vivre. Mais nous n’avons pas uniquement des besoins physiques. Nous avons également des besoins émotionnels. La nourriture peut très bien être un moyen de se réconforter. On est triste, on déguste un chocolat chaud. On se sent mal, on déguste une barre de chocolat. C’est tout à fait normal, même les mangeurs régulés fonctionnent de cette manière.

La dégustation. Vous avez remarqué que j’insistais sur le mot « déguster » ? C’est normal, il s’agit d’un autre principe. Lorsqu’on mange, on ne fait rien d’autre. On éteint la télé et l’ordinateur, on referme son livre. On s’assied à table et on déguste ce qu’on a en bouche. On prête attention aux odeurs, aux saveurs. De cette manière, on profite de la nourriture, on perçoit sa satiété, on sait quand on a assez mangé, on sait qu’on a mangé tout court, aussi (ça ne vous est jamais arrivé d’achever un paquet de chips en ayant l’impression de ne pas l’avoir encore commencé ?). Pas besoin d’une plaquette entière de chocolat lorsqu’on mange en dégustant. Au bout de quelques carrés, on a assez.

Les cercles vicieux. Ce sont eux qui m’ont entrainée dans l’hyperphagie. Lorsque j’ai commencé les régimes, j’ai arrêté de prêter attention à ma faim et à ma satiété. Je me suis privée, je me suis affamée. Lorsque j’ai atteint le poids désiré, que s’est-il passé ? Je me suis jetée sur les aliments interdits, de manière totalement incontrôlée, j’étais incapable de m’arrêter. Ça m’a fait terriblement culpabiliser. La culpabilité m’a fait manger (manger pour me réconforter). Sauf que manger ne m’a pas réconfortée mais a renforcé ma culpabilité. Je mangeais comme un cochon et je me remettais à grossir. Résultat, j’ai intensifié mon régime. Ce qui a provoqué de terribles envies pour le chocolat. J’ai craqué, j’ai culpabilisé, j’ai mangé pour me réconforter sauf que j’ai grossi et re-culpabilisé. Et voilà un exemple de cercle vicieux. Le problème c’est qu’on finit par se détester, par ressentir des émotions terriblement négatives et désagréables. On mange pour les anesthésier, sauf qu’elles finissent par revenir à nous poussent à manger. Manger ne nous permet plus de nous réconforter mais nous enfonce encore plus loin. Il devient rapidement très difficile de sortir de tels cercles, ils sont à l’origine de nombreux troubles du comportement alimentaire. Du mien, entre autres.

Maigrir n’est pas une question de volonté ! Ce n’est pas parce qu’on échoue à faire régime qu’on n’est pas quelqu’un de bien. Les régimes sont intenables à long terme, ils provoquent des troubles du comportement alimentaire. Ils n’ont absolument rien à voir avec la volonté. À moins de croire que 95% de la population ne possède aucune volonté. Puisqu’il s’agit du pourcentage de personnes au régime qui reprennent du poids après coup. Au contraire, il faut avoir énormément de volonté pour recommencer durant des années des régimes traumatisants pour le corps et pour le mental.
Comment se fait-il que, lorsqu’après des années de régime on n’est parvenu qu’à grossir, on ne remette pas les régimes en question ? Comment se fait-il qu’on se blâme soi, uniquement soi, qu’on se traite de tous les noms, qu’on se dévalorise de la sorte ?

(Vu que c'est trèèèès long et que j'ai beaucoup à dire, à suivre...)

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samedi 26 mai 2012

Zermati, Linecoaching, régimes et hyperphagie (2/6)



J’ai décidé de ne manger que 400kcal par jour. A ce rythme-là, je serai mince dans deux semaines. Ce sera la fin de mes tracas. Je serai enfin heureuse. Enfin heureuse. Et je pourrai cesser de mentir.

J’ai tenu quatre jours et puis les crises ont repris de plus belle. Je suis vraiment une incapable. Qu’à cela ne tienne : je ne mangerai pas, demain. Rien du tout ! Je ne mangerai rien et en plus je ferai du sport. Comme ça, mon corps n’aura plus le choix, il ne saura pas résister, il sera obligé de maigrir.

C’est facile, en fait, de ne pas manger. J’y suis arrivée durant quatre jours. Le premier jour, je n’ai rien mangé. Rien. Nada. Les trois suivants, j’ai mangé environ deux-cent calories. J’ai perdu trois kilos en quatre jours. C’est génial. Je l’avais bien dit : il suffisait d’un peu de volonté. Et puis, quand on ne mange pas, on finit par arrêter d’avoir faim.

Les crises ont à nouveau frappé. J’en peux plus de grossir. J’en peux plus de maigrir, je sais que les kilos perdus péniblement seront regagnés en quelques jours à peine. Je suis fatiguée de lutter. Je n’en peux plus. Je veux juste me laisser vivre, arrêter de lutter, fini le combat. J’en ai marre, je suis épuisée.

J’ai tenté de me faire vomir, hier. Je n’y suis pas arrivée. Qui aurait imaginé que c’était si compliqué ? Je n’en peux plus. Je crois que je deviens dépressive.

J’ai lu des conseils sur internet. Je suis parvenue à me faire vomir. Je ne savais pas que se faire vomir provoquait un tel mal de gorge. J’ai lu les conséquences terribles qu’un tel comportement pouvait avoir sur la santé. J’ai besoin d’aide, je n’y arrive pas. Je crois que j’ai un problème, un vrai problème.

J’ai pris rendez-vous avec une psychologue. J’ai tenté de lui expliquer mon problème. Elle ne me croit pas, elle me l’a dit : « Mais vous êtes mince ! » « Je ne suis pas sûre que vous mangiez tant que ça ». Elle veut que j’aille chez un nutritionniste ! A quoi bon ? Je suis une pro de diététique, j’ai lu des tonnes de bouquins, je connais parfaitement les règles à appliquer. Le problème, c’est que je ne parviens pas à les suivre.

J’ai arrêté de voir la psychologue, elle ne m’aide pas. Elle aura eu un seul bénéfice : suite à la première consultation,  j’ai fait quelques recherches sur internet. Je souffre d’un trouble du comportement alimentaire ! Je ne suis pas folle, je suis même presque normale, il y en a d’autres comme moi ! J’ai une maladie, c’est tout ! Hyperphagie, compulsions alimentaires… Je ne suis pas boulimique, je ne me fais pas vomir. J’ai arrêté après deux fois. Tant mieux, il paraît que c’est plus difficile à soigner.

(Vu que c'est trèèès long et que j'ai encore beaucoup à dire, à suivre...)

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vendredi 25 mai 2012

Zermati, Linecoaching, régimes et hyperphagie (1/6)


Envie de raconter. Besoin de raconter. Mon histoire. Ma souffrance, mes difficultés et mes rires. J’ai longtemps hésité à poster cette série de billets. D’abord parce que c’est extrêmement intime, je me livre comme je ne l’ai jamais fait. Ensuite, parce que certains proches lisent ces propos et seront sans doute surpris par ces lignes. Bref, voici mon vécu. Que je vous livre comme je l’ai ressenti, comme je le ressens. Au gré des souvenirs.


Dix ans. École primaire. Cour de gymnastique. Toute la classe, en short et en t-shirt blanc, est assise sur les bancs de bois de la salle de sport. Je devrais écouter la prof, je n’en fais rien. Horrifiée, j’observe mes cuisses, ces cuisses qui s’étalent lorsque je les pose sur le banc. Je les soulève, elles sont minces, je les pose, elles sont grosses. Au secours, je suis affreuse, je deviens grosse !

Onze ans. Maman revient d’une visite chez sa grand-mère. Elle lui a montré les photos des vacances et me répète la remarque qu’a provoqué la vue d’une photo de moi en short : « Elle commence à grossir, non ? ». Une bouffée de honte, de culpabilité et de colère m’envahit. Je me penche à mon tour sur la photo. Il me semble pourtant que mes jambes ressemblent à des bâtons tellement elles sont maigres. La photo doit me maigrir parce que lorsque je les observe dans le miroir, ces jambes, je les trouve énormes. Pourtant, j’ai conscience d’être mince. J’ai de la chance, contrairement à certaines copines. Elles se plaignent d’être grosses, je leur affirme le contraire mais en fait je suis d’accord avec elle. Les pauvres, je n’aimerais pas être à leur place.

Quinze ans. Je me trouve grosse, j’aimerais maigrir. Lorsque je m’observe dans le miroir, je me trouve complètement disproportionnée. Ce torse maigre et ces cuisses énormes. Quelle horreur ! Je hausse les épaules. Tant pis, qu’est-ce que je pourrais y faire ? Je suis comme ça. Je vais quand même essayer de limiter les sucreries, il paraît que c’est mauvais, on me le répète assez souvent. Si je pouvais être née en détestant le sucre, quelle joie ça aurait été ! À la place, la fée qui s’est penchée sur mon berceau a décidé de me le faire adorer. Quand j’entame un paquet de bonbons, je suis incapable de m’arrêter avant de l’avoir dévoré tout entier. Quelle pitié ! Si je trouvais une lampe d’Aladin, mon premier vœu serait de pouvoir manger tout ce que je veux sans jamais grossir. Après la paix dans le monde, bien sûr, je ne suis pas égoïste à ce point. Quoique ? D’abord rester mince. Non, d’abord la paix dans le monde. Non, d’abord…

Dix-huit ans. J’entame ma seconde année d’université. Je n’ai jamais fait le moindre régime. Je me trouve toujours aussi grosse (ces fesses, ces cuisses, si elles pouvaient fondre !) mais voilà, c’est la vie. Sauf que… J’ai rencontré Muche il y a deux mois et depuis lors, j’ai grossis. Deux petits kilos. Je m’en plains et il me parle du régime qu’il a fait vers ses vingt ans. Je devrais faire pareil. Je vais m’y mettre, un jour… Je vais faire plus de sport, aussi. Je suis grosse, il est plus que temps que je me prenne en main.

Dix-huit ans et demi. J’ai décidé de commencer à compter les calories. Je veux maigrir, il suffit de faire un peu attention. J’ai fait le compte : selon mon poids, ma taille et mon âge, j’ai droit à 1300 kcal par jour. Si je fais du sport, ce quota augmentera. Allez, au boulot !

Je suis euphorique. J’ai maigri. Ça me va bien. Tout le monde me le dit. Pourtant, je n’ai perdu que quatre kilos. Il faut dire, j’étais mince à la base. Enfin, mince… Tout est relatif. J’étais mince pour ce tas d’amorphes sans volonté qui constitue le monde occidental. En réalité, j’étais grosse. Plus qu’un ou deux kilos et je serai parfaite.

J’ai faim. Mon Dieu, que j’ai faim ! Mais ça marche, je maigris. Je suis tellement fière de moi. Je méprise les gros. C’est quand même pas compliqué, d’être mince ! Il suffit de se contrôler. J’y arrive bien, moi. Je me trouve belle. Je suis quelqu’un de bien. Encore un peu trop grosse, quand même. J’ai quand même une morphologie de merde. Mes cuisses et mes fesses sont grosses, trop grosses. Enfin, j’ai maigri, c’est déjà pas mal. Plus que quelques kilos et je serai heureuse.

Papa m’a demandé en rigolant si je devenais anorexique. Ça veut dire qu’il me trouve mince ! Il ne m’a jamais rien dit qui m’ait autant fait plaisir. Je me trouve belle, Muche me trouve belle, mes copines envient ma ligne. Je suis heureuse, heureuse. Bon, je me pèse huit fois par jour et j’ai faim toute la journée. Peu importe, je ne me suis jamais sentie aussi bien.

Je suis nulle. Je ne sais pas ce qui m’arrive mais depuis que j’ai atteint le poids parfait, celui dont je rêvais, je n’arrête pas de manger. À croire que je suis devenue boulimique. Je suis incontrôlable. Et je grossis ! C’est horrible, tous mes efforts s’envolent en fumée. Si je pouvais devenir anorexique, ne fut-ce qu’un mois ! Mais je suis bien trop nulle pour ça. Je ne vaux rien, je n’ai aucune volonté. Je ne fais plus de sport, je n’en peux plus du sport. Allez, un petit peu de volonté, secoue-toi ! Ce n’est quand même pas compliqué d’arrêter le chocolat !

Ça fait trois ans. Trois ans que je me bats contre moi-même. Trois ans que j’enchaîne les régimes. Trois ans que je me dis que je vais faire régime. Que j’y arrive, parfois. De moins en moins. Je mange beaucoup. Tout le temps. Du chocolat. Sans arrêt. Je suis incapable de m’arrêter. Je ne vaux rien, rien du tout. Je suis une merde, une sous-merde. Je n’ai aucune volonté. Je n’ai plus envie de vivre, j’ai mal, j’ai trop mal. Je ne sais plus me voir dans un miroir. Mon corps me dégoûte, je me dégoûte, je ne suis qu’une moins que rien, un tas de cellulite. Je suis une boule de graisse sans volonté. Comment pourrait-on m’aimer ? Même pas capable de faire un petit régime.

Je n’en parle pas. À personne. J’ai trop honte de moi-même. Et puis, qui comprendrait ? J’ai pris du poids, beaucoup de poids. Mais je reste mince, j’ai été gâtée par la nature, je suis issue d’une famille de minces et mes gênes me préservent un peu. J’imagine les réactions si je disais à voix haute que je ne désire qu’une chose : maigrir. On m’affirmerait que je suis parfaite. Mais je sais que ce n’est pas vrai. Je suis l’exact opposé de parfaite. Incapable d’arrêter le chocolat. Une droguée, au fond du trou. Heureusement que je ne fume pas, heureusement que je ne suis pas alcoolique. Vu la manière dont je gère le chocolat. C’est tellement irrationnel, je ne comprends pas. Si mes placards sont vides, je me lève comme un automate et je vais acheter bonbons, gâteaux et chocolat. Et puis je mange, je mange jusqu’à être malade, je mange des kilos de sucre sans être capable de m’arrêter. C’est incompréhensible, irrationnel. Il suffirait de ne rien acheter ! Mais j’en suis incapable. L’appel du sucre est trop fort, ma poitrine se déchire tellement j’en veux, j’ai mal, je ne parviens pas à résister. Et si par miracle je résiste, je fais des rêves, des rêves terribles où je me goinfre. Le lendemain matin, lorsque je me réveille, en sueur et terrorisée, la première chose que je fais après m’être levée, c’est aller acheter du chocolat. Ça me calme, pour quelques temps. Et puis je culpabilise, je grossis, je me sens terriblement mal. Les périodes d’accalmie surgissent parfois. De plus en plus courtes, de plus en plus espacées. Lorsqu’elles surviennent, au lieu de faire régime, je mange juste bien. La faim me terrifie, je suis incapable de faire encore régime. Je ne veux plus avoir faim. J’ai peur, j’ai peur, j’ai honte.

Je mens. Je mens à Muche. J’ai trop honte, je suis incapable de lui avouer mes crises. Il est démuni, il ne comprend pas. Comment le lui reprocher ? Mon comportement est totalement irrationnel, qui pourrait le comprendre ? Je suis nulle, je me hais. Je refuse qu’il sache qui je suis vraiment, cette larve sans volonté, cette fille qui ne vaut plus rien, qui ne ressemble plus à rien. Alors je lui mens, persuadée au fond de moi-même que le mensonge n’aura aucune conséquence, que demain je ferai régime, que ça ira mieux, qu’avec un peu de volonté je repartirai du bon pied. Mais je ne suis qu’une moule. Qu’une moule. Une moins que rien. Je suis en train de détruire mon couple à coups de mensonges et de chocolat. Parce que je me trompe. Tous ces mensonges ne sont pas sans conséquence.

(Vu que c'est trèèès long et que j'ai encore beaucoup à dire, à suivre...)

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