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vendredi 21 novembre 2014

Un atelier d'écriture (2) (et un peu d'érotisme) (oui oui)


Dans mon billet précédent (ici), j'ai raconté que les ateliers d'écriture auxquels je participe fournissent un guide, pas des règles ni des instructions. C'est vrai. À une exception près. Il y a quelques jours, l'animateur nous a demandé d'intégrer une scène érotique à notre roman. Faire voyager le lecteur au pays des sens.

Il m'était déjà arrivé d'écrire une scène érotique dans un roman. Parce qu'elle coulait de source et s'intégrait très bien au roman. En écrire une "à la demande" ? Jamais. J'étais curieuse et plutôt enthousiaste, j'avoue. Le défi me tentait !

Au moment de partager nos textes, au moment de décider qui prendrait la parole en premier, on entendait les mouches voler. Lire une scène érotique devant cinq personnes, c'est drôlement intimidant. Tellement intimidant que quand je me suis exécutée, j'ai tremblé du début à la fin. (Et rougi). (Beaucoup). (Il m'arrive d'être pudique).

Ça a été une expérience très enrichissante. Une expérience qui m'a tellement plue que ce texte, j'ai envie de le partager. Un extrait de mon roman, donc. Dont certains lecteurs réguliers reconnaîtront peut-être quelques extraits d'un billet rédigé sur ce blog-même. Je m'en suis inspirée lors de la rédaction de ce chapitre.

***

(Un mini contexte : Valérie et Didier étaient mariés depuis vingt ans quand Didier a quitté Valérie, trois mois avant le début de cette scène).

Valérie vidait le lave-vaisselle quand on sonna à la porte. Elle rangea une assiette à soupe dans l’armoire, s’essuya les mains, s’assura d’un regard de la propreté du plan de travail, puis se dirigea vers le hall d’entrée. Elle ouvrit la porte et hoqueta de surprise.

Didier se tenait dans l’embrasure de la porte. Il était vêtu d’un épais manteau noir, avait enfoncé un bonnet de la même couleur sur son crâne nu et brandissait un livre à la main comme s’il s’agissait d’un précieux trophée.

-         Je peux entrer ?

Valérie mit cinq longues secondes avant de parvenir à convaincre ses muscles de bouger. Elle s’effaça pour le laisser passer et l’observa retirer sa veste. Didier n’avait plus mis les pieds dans leur maison depuis trois bons mois. Le voir sonner à la porte était la dernière chose à laquelle elle s’attendait. Sous le choc, incapable de bouger ou de parler, elle le regarda se tourner vers elle, son livre toujours à la main.

-         J’ai lu un livre…

Sa voix était rauque, ses yeux marron pétillaient. Il déposa le roman.

-         J’ai lu un livre… Une histoire d’amour. Un roman dans lequel deux amoureux échangent leur premier baiser.

Il s’approcha d’elle et Valérie fit un pas en arrière, troublée par l’émotion de sa voix. Il s’approcha davantage et elle recula encore, jusqu’à sentir le miroir du vestiaire dans son dos.

-         Ce roman m’a emmené vingt ans en arrière. Nos doigts entremêlés. Nos lèvres.

Il s’approcha encore et Valérie se sentit défaillir. Dans son dos, la fraîcheur du miroir. Face à elle, Didier. Ses yeux plongés dans les siens. Sa voix rauque. Son corps si proche qu’elle en percevait la chaleur.

-         Ça me manque, Valérie. Tu me manques.

Ces quelques mots achevèrent de la liquéfier. Ses jambes se mirent à trembler. Didier fit encore un pas en avant mais cette fois-ci, elle ne chercha pas à s’éloigner. Il leva une main vers elle, hésita, guetta un mouvement de recul. Comme elle ne se dérobait pas, il lui caressa la joue. Leurs corps se frôlèrent.

Les barrières de Valérie s’effondrèrent. Le désir s’empara d’elle, l’envahit.

Elle soupira. Trois mois. Trois mois qu’elle n’avait plus senti la chaleur d’un corps contre le sien, la douceur d’une caresse sur son visage. Les doigts de Didier quittèrent sa joue, montèrent sur son front, rajustèrent une mèche de cheveux derrière son oreille. Ses mains portaient encore la fraîcheur automnale du dehors. Valérie frissonna. Sur sa peau, la froideur de leur tracé se transformait en brasier. 

Ses dernières résistances s’effondrèrent en même temps que désir et colère l’envahissaient. Elle attira Didier contre elle. Elle avait envie de lui cracher sa souffrance au visage, envie de lui hurler sa haine, envie de lui faire payer sa trahison. Elle brûlait de sentir sa peau contre la sienne, ses mains sur son corps, sa langue sur ses seins.

Colère et désir s’épanouirent, explosèrent dans sa tête et dans son corps.

Elle leva la tête. Leurs yeux se croisèrent. Marron et vert, vert et marron. Elle reconnut l’éclat du désir dans les yeux de son mari. Elle se mit sur la pointe des pieds, il baissa la tête et leurs lèvres se rencontrèrent. Valérie gémit, bouleversée par les sensations, troublée par la chaleur qui rongeait son ventre.

Colère et désir, désir et colère.

Elle attrapa la lèvre inférieure de Didier entre ses dents, la mordilla, la lécha, la suça. Elle entendit sa respiration s’accélérer et sourit. Il se libéra, ses lèvres effleurèrent sa joue, ses dents caressèrent le lobe de son oreille puis s’attaquèrent à la peau douce de son cou. Valérie bascula la tête en arrière.

Elle se laissa envahir par le plaisir, s’abandonna aux caresses. Elle ferma les yeux quand elle sentit ses mains s’aventurer sous son pull, mordit son épaule quand il caressa ses seins.

Elle n’était plus seule. Didier était là, avec elle, tout contre elle, bientôt en elle.

Cette pensée la fit sursauter. Elle se dégagea de son étreinte, l’attrapa par les épaules et le plaqua à son tour contre le miroir.

Colère et désir, désir et colère.

Valérie tira sur la chemise de Didier jusqu’à la dégager de son pantalon. Elle la passa par-dessus sa tête sans prendre la peine de la déboutonner. Elle le poussa contre le miroir de l’armoire et se plaqua contre lui, son souffle rauque dans son oreille, ses hanches entre les siennes, son désir contre le sien.

Elle ne voulait pas de douceur. Elle voulait lui montrer sa colère, la lui faire sentir et ressentir, avec son corps, avec sa bouche, avec ses mains. Un sourire naquit sur les lèvres. Il était venu à elle. Il la voulait, il l’aurait. À sa manière. Sauvagement. Il n’était pas question d’amour, il était question de corps, de plaisir, de pouvoir et de revanche.

Colère et désir, désir et colère.

Valérie repartit à l’assaut de l’homme qu’elle aimait et qu’elle détestait. Elle allait lui montrer. Elle allait…

Elle ne fit rien. Son réveil sonna et elle se réveilla. Elle était seule. Seule dans son grand lit. Seule avec un brasier dans le ventre. Seule, sans personne pour l’aider à assouvir le désir éveillé par le rêve. Seule avec une brûlure entre les jambes, une respiration haletante et un gémissement coincé entre les dents.

Elle était seule. Didier n’était pas là, pas avec elle, pas tout contre elle, et certainement pas bientôt en elle. Elle était seule. Seule avec deux enfants à tirer du lit, un petit déjeuner à préparer et une journée de travail à commencer.

Colère et désir, désir et colère. Valérie poussa un cri désespéré. Elle alluma la lampe de chevet et resta immobile à regarder le plafond. Puis elle repoussa les draps, se leva et entra dans la salle de bain. Elle avait besoin d’une douche. Une douche bouillante pour effacer les derniers remugles du rêve et pour la laver du désir. Ou pour le soulager. Seule, puisque Didier n’était pas là, puisqu’elle ne pouvait compter que sur elle-même.

***

jeudi 20 novembre 2014

Un atelier d'écriture (1)



Au cours des dernières années, on m'a souvent demandé pourquoi, moi qui aimais écrire, je ne participais pas à un stage d'écriture pendant mes vacances, ou à un atelier d'écriture en soirée durant l'année.

Les ateliers, ça ne m'avait jamais attirée. J'ai toujours eu l'idée (sans doute un peu absurde) que l'écriture, on l'a en soi. On aime ou on n'aime pas, on sait ou on ne sait pas. J'ai toujours eu pour a priori que l'écriture, ça s'apprend en écrivant et en lisant, pas en suivant les consignes d'un professeur. L'idée qu'on m'impose un thème m'a toujours rebutée. Mon écriture, c'est ma liberté, gare à celui qui ose me donner une règle à suivre ou une instruction à respecter. (Oui, il m'arrive parfois d'être un peu fermée...)

Et puis... Et puis ces derniers mois, j'ai vécu des moments difficiles et j'ai cherché quelque chose à quoi m'accrocher. Une activité qui ait du sens pour moi. Des rencontres avec d'autres qui partageraient une même passion, un même centre d'intérêt. Des autres qui, peut-être, me ressembleraient un peu.

J'ai pensé aux ateliers d'écriture. J'en ai trouvé un dont le thème est la construction d'un roman. Alors, il y a trois mois, j'ai ravalé mes idées toutes faites et mes a priori et je me suis rendue à mon premier atelier. Le principe était simple : imaginer un personnage, lui inventer un destin difficile, lui trouver un objectif, semer des obstacles sur sa route, parsemer le tout d'un enjeu pour que l'histoire ait un sens. Ecrire entre chaque atelier, lire ses écrits durant l'atelier. Ecouter les réactions (bienveillantes) des participants et les conseils éclairés de l'animateur. Des conseils techniques, des conseils généraux, des "trucs" pour rendre les personnages vivants et leur histoire intéressante.

Après le second atelier, la lecture à voix haute des trois premières pages de mon nouveau roman et l'écoute des réactions du groupe, j'ai décidé d'arrêter d'écrire. Dix ans d'écriture. Dix ans à me casser le cul pour pondre des mots et cracher des phrases. Dix ans à rêver de voir mes romans quitter mon ordinateur et atterrir entre les mains d'un lecteur. (Un lecteur qui ne serait ni ma mère, ni ma soeur, ni mon meilleur ami). Dix ans pour quoi ? Pour réaliser qu'entre ce que j'écris et ce que le lecteur perçoit, il y a un monde ? Pour sortir de là en pensant que mes textes ne valent rien ? Pour entendre des critiques soi-disant bienveillantes mais qui n'ont fait que me trouer le cœur ? Mon cœur était déjà brisé en mille morceaux, je n'allais pas en plus le laisser se faire cribler de trous...

Deux jours plus tard, j'ai changé d'avis. J'ai allumé mon ordinateur, fait un usage excessif de la touche "delete". Et recommencé. Si le lecteur n'avait pas saisi le message que je souhaitais faire passer, c'est que je ne l'avais pas écrit de manière adéquate.

Je suis sortie de l'atelier suivant avec un sourire jusqu'aux oreilles. Mon texte avait plu. Mon texte avait parlé. Mon texte avait été compris. Mon texte avait touché. Mon texte avait arraché des sourires et même fait rire aux éclats. Mon histoire avait trouvé des lecteurs qui prenaient la forme d'auditeurs passionnés et passionnants.

Depuis lors, je traverse Bruxelles tous les mercredi soir pour me rendre à mon activité favorite de la semaine. L'atelier d'écriture.

Parce que oui, l'écriture, ça s'apprend. Je pense toujours qu'on aime ou qu'on n'aime pas, et qu'on l'a en soi. Mais je pense aussi qu'il y a beaucoup à apprendre de l'expérience d'un "vrai" écrivain et d'un groupe de passionnés. J'avance lentement mais sûrement dans la rédaction de l'histoire qui me tournait en tête depuis de longs mois. Je ne regrette pas, mais pas du tout, d'avoir été à l'encontre de mes a priori.

J'apprends. Sans aucune règle ni aucune instruction. Avec un guide et un canevas. J'écris. Et j'aime.

mardi 19 août 2014

Première réponse

Aujourd'hui, j'ai reçu une première réponse d'éditeur suite à mon envoi de manuscrits il y a deux semaines. Je vous rassure tout de suite (ou pas), la réponse était négative (dans le cas contraire, ce billet aurait commencé par un AAAAAAAAAAAHHHHHHHHHH retentissant ou une autre onomatopée du genre).

Lorsque j'ai reçu le mail, ma première réaction a été "Déjà ? Pas possible, ils n'ont sans doute pas pris la peine de le lire, ça fait à peine dix jours que je l'ai envoyé !"

Sauf que... Sauf qu'ils l'avaient lu, parce que la réponse était personnalisée. "Qualités indéniables", "incroyable caractère de Daphné", "relations complexes entre les personnages" en constituent quelques extraits.

Lorsque j'ai commencé à envoyer des manuscrits aux maisons d'édition, il y a (déjà) quelques années, je recevais des lettres standards dans lesquelles se retrouvait systématiquement la phare "ne correspond pas à notre ligne éditoriale". Ça me faisait toujours bien rire (jaune) parce que je prenais la peine de vérifier la ligne éditoriale avant d'envoyer mes manuscrits. L'excuse était clairement bidon, j'imagine qu'elle leur évitait les réponses du genre "votre histoire était vraiment pourrie, je me suis endormie à la huitième page".

Depuis quelques temps, je ne reçois plus uniquement ces lettres standard, mais également des réponses personnalisées. Un refus reste un refus mais j'espère que s'ils prennent la peine de me donner commentaires et conseils, ça signifie que mes romans se sont améliorés, et qu'ils valent la peine d'être lus. J'ai même eu droit à "il ne correspond pas à ce que nous recherchons actuellement" en lieu et place de "il ne correspond pas à notre ligne éditoriale", c'est dire...


jeudi 14 août 2014

Toucher l'instant

Un jour, tu m'as envoyé le titre d'une chanson et le nom de son chanteur. Tu m'as raconté les fois où tu l'avais écoutée en boucle dans le noir de la nuit et la chaleur de ton lit. Tu m'as confié qu'elle te faisait penser à tes rêves, à mes rêves, à nos rêves.
 
Alors je l'ai écoutée. J'ai détourné le regard vers la fenêtre, vers le bleu du ciel et le blanc des nuages pour que tu ne voies pas les larmes qui perlaient au coin de mes yeux. Puis la voix s'est tue et je t'ai regardé.
- J'ai pleuré, t'ai-je confié en souriant.
- Je sais...

 
 
Toucher l'instant, Grand Corps Malade
 
On a trempé notre plume dans notre envie de changer de vision
De prendre une route parallèle, comme une furtive évasion
On a trempé notre plume et est-ce vraiment une hérésie
De se dire qu'on assume et qu'on écrit de la poésie
 
Il existe paraît-il, un instant dans l'écriture
Qui oublie la page blanche et efface les ratures
Un véritable état second, une espèce de transe
Qui apparaît mystérieusement et s'envole en silence

Que l'on rape ou que l'on slame, on recherche ce moment
Il allume une flamme qui nous éclaire brièvement
Cette flamme est la preuve, laisse moi t'en faire une démo
Qu'il est possible de combattre le mal par les mots

C'est tout sauf une légende, on espère juste toucher l'instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à  l'espace-temps
Les moment rares et irréels que la quiétude inonde
Rouda, n'oublie jamais notre parole du bout du monde

On ressent comme une coupure dans la nuit, comme un rêve
On oublie les coups durs de la vie, comme une trêve
C'est un phénomène puissant, je ne te parle pas d'inspiration
Mais d'un souffle plus profond comme une seconde respiration

On voit et on entend l'encre devenir vivante
On goûte et on sent la saveur d'une rime errante
On touche du doigt l'instant qui nous enveloppe de sa puissance
C'est sans cesse la renaissance de l'essence même de nos cinq sens

C'est le moment où on passe de l'autre côté des paysages
On sympathise avec le vent et on tutoie les nuages
Il fait jour en pleine nuit et il fait nuit en plein jour
Profite de cet instant, il ne durera pas toujours

C'est tout sauf une légende, on espère juste toucher l'instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à  l'espace-temps
Le moment où le voile se lève et la magie s'élance
Là  où j'ai croisé Souleymane au bout du sixième silence

Si on a pas atteint le Nirvana, on doit en être au seuil
Pourtant je suis simplement assis là  devant ma feuille
Peut-être que cet instant n'existe que dans mon esprit
Et que je suis complètement mythomane lorsque j'écris

Mais laisse moi mon stylo, y'a pas moyen que je m'arrête
J'ai une envie d'écrire comme t'as une envie de cigarette
Et pour m'enlever ce désir je te demanderais de repasser
Car tant que je pourrais écrire je continuerai de penser

Que c'est tout sauf une légende, on espère juste toucher l'instant
Les quelques secondes du poète qui échappent à  l'espace-temps
Les moments que l'on redécouvre, que l'on connaît plus ou moins
Tu l'as déjà  touché Jacky, j'en suis témoin

On a trempé notre plume dans notre envie de changer de vision
De prendre une route parallèle, comme une furtive évasion
On a trempé notre plume et est-ce vraiment une hérésie
De se dire qu'on assume et qu'on écrit de la poésie.
 

mardi 5 août 2014

Du courrier


La semaine dernière, vous l'avez compris, j'étais non seulement en vacances, mais surtout en vacances en France. J'y ai profité de La Poste et du coût bien moins élevé d'un kilo de papier envoyé de la France vers la France, plutôt que de la Belgique vers la France (il m'arrive d'être une incroyable radine) (y a pire, j'ai de qui tenir : môman m'a proposé de récupérer les timbres non oblitérés qui arrivent dans sa boite aux lettres - apparemment le cachet du facteur frappe régulièrement l'enveloppe à côté du timbre - et de les coller sur mes enveloppes) (solution irréaliste parce que les timbres en question n'étaient pas des timbres internationaux) (parce que quelques minutes après sa proposition, j'étais devenue une experte en envoi postal international, merci internet).

Une dizaine de manuscrits dans la boîte aux lettres, plus cinq manuscrits dans la boîte mail, donc. Pas de nouveau roman mais des nouveaux envois, vers des maisons d'édition dans lesquelles je n'avais pas encore tenté ma chance.

On verra bien. Je crois les doigts, vous pouvez les croisez avec moi si ça vous dit.

mercredi 23 juillet 2014

Ouvrir grand la porte


J'ai lu un jour qu'un trait commun à tous les écrivains était leur capacité à vivre, à aimer, à souffrir, à ressentir, à être heureux. Leur faculté à ouvrir grand la porte à la vie, à lui laisser toute la place, la laisser les avaler, les engloutir, les envahir jusqu'à ce qu'ils ne voient d'autre alternative que de l'évacuer sur une feuille de papier. 

J'ai lu un jour que pour devenir écrivain, il fallait commencer par vivre. Vivre pour pouvoir écrire. 

Est-ce un hasard si aujourd'hui,  alors qu'un an et demi s'est écoulé depuis la dernière fois que j'ai été capable d'aligner trois phrases sur une feuille de papier, est-ce vraiment un hasard si aujourd'hui, je n'arrive pas à m'arrêter d'écrire ?

J'ai achevé un roman en un après-midi après avoir passé dix-huit mois à me demander quelle en serait la fin. J'interromps mes activités toutes les demi-heure pour noter une idée. Je me jette sur mon clavier pour noter les bouts de phrases qui me viennent sans arrêt à l'esprit. J'écris des billets sur ce blog après l'avoir laissé à l'abandon pendant de longs mois.

Est-ce vraiment un hasard ? Est-ce vraiment un hasard si l'envie d'écrire renaît de ses cendres aujourd'hui ? Aujourd'hui, après avoir passé de longs mois à vivre mes rêves et mes envies, à vivre comme je ne l'avais jamais fait auparavant ?

J'ai lu un jour que pour devenir écrivain, il fallait commencer par vivre. Vivre pour pouvoir écrire. 


mardi 22 juillet 2014

La cage de verre



En consultant le calendrier, ce matin-là, le prisonnier soupira.

Quatre ans. Quatre longues années. Longtemps. Trop longtemps qu’il croupissait là, captif d’une cage de verre et du bon vouloir de son geôlier.

À peine cette pensée lui traversait-elle l’esprit que la lumière s’alluma et qu’il apparut dans son champ de vision.

Il. Alexis Brabanne. Celui qu’il avait longtemps pris pour son meilleur ami, pour son guide, pour son mentor. L’homme qui devait l’aider à révéler au monde tout ce qu’il y avait en lui et qu’il brûlait de raconter. L’ami qui lui avait promis de le soutenir dans la transmission de son savoir et de son expérience. Le guide qui devait lui permettre de transformer la vie des hommes et des femmes réceptifs à son message.

Alexis Brabanne. L’ancien mentor qui s’était transformé en geôlier et avait balayé tous ces rêves d’un geste de la main en l’enfermant dans une cage dont il n’était plus sorti depuis mille-quatre-cent-soixante longues journées.

dimanche 20 juillet 2014

Une lettre



Il y a quelques semaines, j'ai reçu une lettre. Ça m'a étonnée, il s'agissait d'une vraie lettre et pas d'une facture, avec mon nom et mon adresse écrits à la main et pas dactylographiés.

J'étais vraiment intriguée. Qui écrit encore des lettres manuscrites aujourd'hui ? Et surtout, qui pouvait bien m'écrire une lettre manuscrite à moi, personnellement ?

J'ai ouvert l'enveloppe et commencé à lire. L'écriture était peu soignée, difficilement déchiffrable. Un homme.

Un homme qui me racontait qu'il y a quelques années, alors qu'il était stagiaire dans une maison d'édition, il était tombé sur le manuscrit d'un de mes romans. Qu'il avait adoré le style et le contenu. L'originalité de l'histoire. Qu'il avait été emporté et marqué.

Marqué au point de googler régulièrement mon nom depuis lors, pour vérifier si ce roman n'avait pas été publié. Marqué au point de m'écrire une lettre, quatre longues années plus tard, pour me demander des nouvelles, pour savoir si j'avais écrit la suite. Pour m'encourager à persévérer. Pour me dire qu'il aimait mon écriture. Pour me confier qu'il avait été déçu que ce roman soit refusé parce que pour lui, je méritais d'être publiée.

Je l'avoue, j'ai trouvé cette lettre un peu étrange parce que tellement inattendue. Quatre ans plus tard ! À côté de ça... L'enthousiasme d'un lecteur, il n'existe pas de plus bel encouragement...

dimanche 21 avril 2013

Frisson d'écriture



Que j'aime cette sensation, cette sensation que je ressens dans mon corps, sur mon corps, ce frisson d'excitation qui court sur ma peau et qui me signale qu'il est temps. Qui me signale que l'idée a suffisamment mûri et qu'il faut à présenter la laisser s'échapper, la laisser passer de la tête au papier. Qu'il est temps pour elle de prendre vie. Qu'il est temps pour moi de lui donner vie.

J'aime cette sensation, cette urgence qui me saisit. Les doigts qui fourmillent, l'excitation qui monte, l'envie qui ne cesse de grandir jusqu'à devenir besoin. Un besoin intense et prenant. Saisissant.

Un besoin qui confirme mes ressentis, qui balaye doutes et questions. J'aime écrire. De tout mon cœur et de toute mon âme. Un amour qui va bien au-delà de l'édition. J'aime écrire pour l'écriture, j'aime écrire pour l'aventure, j'aime écrire pour le frisson, j'aime écrire pour l'émotion, j'aime écrire pour l'amour que ça procure et pour l'amour que ça engendre.

jeudi 4 avril 2013

Tranches d'écriture (3)


J'ignore pourquoi durant de longues semaines je n'ai plus trouvé ni anecdotes à partager ni envie d'écrire sur ce blog. Je sais encore moins pourquoi je me mets tout d'un coup à pondre un billet par jour, chose qui ne m'était encore jamais arrivée. Je l'ignore mais je ne m'en fais guère. L'inspiration va et vient, je la suis mais je ne cherche plus à la forcer.

C'est pareil pour les romans. En général, j'écris quand je me sens bien, ou au moins pas trop mal. Et quand j'en ai envie. Envie au point de frétiller sur place à l'idée de poser mes doigts sur mon clavier. Souvent l'envie et le moral au beau fixe vont ensemble. Pas toujours et de moins en moins, d'ailleurs.

J'écris de manière irrégulière et si je me suis longtemps fustigée pour ce que je qualifiais de paresse et de manque de volonté, j'ai fini par accepter cet état de fait. Quand je me force, les mots que je dépose sur les pages un peu malgré moi finissent toujours par passer à la trappe au moment de la relecture. J'efface et je recommence. Parce que ça ne va pas. Ça sonne faux, les émotions ne passent pas, c'est lourd et forcé.

C'est d'ailleurs pour ça que j'ai renoncé à participer aux quelques concours d'écriture dont l'échéance tombe dans le courant du mois d'avril. Cette année les thèmes ne me parlent pas, un point c'est tout. L'année dernière, j'avais participé à deux concours. Je n'avais gagné aucun prix mais la nouvelle qui m'inspirait a donné naissance à un roman presque terminé ; celle qui ne me disait rien mais que je me suis forcée à écrire à coups de "paresseuse" n'a donné qu'un texte lourd, forcé et très peu fluide.

Alors voilà. C'est comme ça. Je passe de longs mois sans écrire une ligne et puis soudain voilà que je m'acharne sur mon clavier au point d'en user les touches, heure après heure, soirée après soirée, week-end après week-end. Tout en étant incapable d'écrire plus de deux heures d'affilée et de quatre heures par jour, comme si mon coeur et mon cerveau s'usaient au fil des mots que je leur emprunte pour les transcrire sur une feuille de papier. C'est exactement ça, en fait : je vis les émotions et les aventures de mes personnages avec eux. Or, les émotions et les aventures, ça épuise.

Je ne m'en fais plus, je ne m'en veux plus. C'est ma manière d'écrire, elle est mienne et elle me convient. Parce que je n'en ai pas d'autre, parce que j'aime l'image de poète dans les nuages et dans son monde que ça renvoie. Ce n'est pas organisé, ce n'est pas programmé, ça vient du cœur et des tripes, tout simplement.

Et puis, dans un autre registre, j'aime voir le nombre de visites du blog exploser dès que je poste un billet. C'est un phénomène qui m'échappe, j'imaginais plutôt que mes quelques lecteurs en avaient oublié l'existence vu le manque de mises à jour. Apparemment pas, je n'ai jamais eu autant de visites sur ce blog et ça me fait très plaisir. Je suis trèèèèèèèès loin des statistiques de certains blogs en vogue mais mon petit chiffre à moi me fait chaud au coeur. Des gens lisent mon blog régulièrement. Et parce qu'un écrivain n'est rien sans lecteurs, merci !

dimanche 31 mars 2013

À la recherche d'un éditeur (3)


Ça y est. Les dés sont lancés. Les manuscrits envoyés.

Il ne reste plus qu'à patienter. Et à croiser les doigts. Je devrais recevoir les premières réponses d'ici deux mois.

En attendant, j'achève un roman. Celui-là, je ne suis pas prête de l'envoyer à une maison d'édition. Pas tout de suite. D'ici quelques années, peut-être, quand je l'aurai digéré. Trop sensible, trop personnel. Je l'ai écrit pour moi et je ne suis pas encore prête à le partager avec qui que ce soit.

Ce n'est pas grave. Le suivant nait dans un coin de ma tête. Celui-là, si je parviens à y apposer le point final (en supposant que je sois parvenue à en rédiger la première phrase, autant commencer par le commencement), il prendra également le chemin de la poste direction Paris.

vendredi 29 mars 2013

Un mail de Gallimard



Hier soir, quand j'ai consulté ma boite mail, j'ai manqué de peu la crise cardiaque. Et pour cause : j'avais un e-mail de la part de Gallimard !

Je n'ai pas douté une seconde : je savais que la réponse serait négative. S'ils avaient décidé de publier mon roman, je n'aurais certainement pas reçu un mail mais plutôt un coup de téléphone (enfin, je crois).
Il n'empêche qu'il s'agit pour moi d'une très bonne nouvelle. Parce que l'e-mail en question était personnalisé. Personnalisé, argumenté. Ils ont lu mon roman. Ils font référence à un personnage par son nom (si ce n'est pas une preuve, ça !). Ils en ont discuté
. Ils ont décidé de ne pas le retenir. Et ils m'ont envoyé des critiques constructives. Alors, même si la réponse est négative, je suis on ne peut plus heureuse !

Jusqu'à présent, je n'avais jamais reçu que des lettres de refus standard. J'ignore si dans le cadre du concours ils ont décidé de personnaliser leurs réponses pour chaque participant, ou si ce mail signifie que j'ai passé une étape du processus de sélection. Quoi qu'il en soit, je le trouve très encourageant et il me motive à continuer ! Merci à eux...

Les critiques touchent principalement l'histoire et non l'écriture, j'ignore si s'agit d'une bonne nouvelle, je suppose que oui : un scénario est bien plus facile à modifier qu'un "style" d'écriture.

Puisque je suis trop heureuse pour ne pas vous en faire profiter, voici le mail en question :
Madame,

Nous vous remercions de nous avoir adressé votre manuscrit, intitulé : « La Croisée des chemins ». Nous en avons fait une lecture très attentive, dans le cadre du concours Premier roman que nous avons organisé.

Nous avons apprécié votre écriture claire, et votre maîtrise du récit : la trame se développe avec cohérence et les différents éléments du drame se tissent de manière habile. Par ailleurs, vos personnages adolescents sont crédibles et attachants, bien ancrés dans leur quotidien et leur époque.

Cependant, même si nous tenions à relever ses qualités, votre texte nous a donc semblé encore trop inabouti par certains aspects.  

À notre sentiment, la construction souffre malgré tout du parti que vous avez choisi : celui de la multiplicité des narrateurs. Ainsi, la focale « Ouacil », de tonalité plus « adultes » et presque roman dans le roman, est-elle à la fois moins séduisante que celles des jeunes personnages, et plus éclatée sur la durée. Le rythme et la percussion de votre récit s’en ressentent.
À ces fortes réserves touchant à la structure du texte, s’ajoutent des remarques se rapportant au fond. Notamment les révélations finales assez décevantes face aux attentes initiales. D’autant que le lecteur attentif comprend assez vite le mécanisme qui se met en place et reste donc sur sa faim.

Ces quelques indications, reflet des débats de notre comité de lecture, ont bien entendu leur part de subjectivité.
Nous vous souhaitons bien sincèrement d’aboutir dans votre démarche de publication, et lirons avec plaisir tout prochain projet que vous souhaiteriez nous soumettre.

En vous remerciant de la confiance que vous accordez aux Éditions Gallimard Jeunesse, nous vous prions de croire, Madame, à l’assurance de nos sentiments les meilleurs.

Le comité de lecture,
Gallimard Jeunesse


dimanche 6 janvier 2013

À la recherche d'un éditeur (1)

(Il y a longtemps que j'ai cessé de chercher un rapport entre les images et le texte ;-))

 Il y a deux jours, j'ai reçu un e-mail de Pôpa. Son contenu ?
Coucou Truc,
Ton bouquin est super. Je l'ai lu d'une traite. Tu devrais pouvoir le publier.
Bisous,
Pôpa
En lisant ces quelques lignes, je me suis souvenue que je lui avais envoyé mon roman par mail (à sa demande) une dizaine de jours auparavant. Lorsque j'ai cessé de faire des bonds en hurlant (quand on apprécie mon roman, j'ai la joie plutôt démonstrative), je me suis dit que décidément, l'étape "Envoi du manuscrit" ne pouvait plus attendre. Je l'avais déjà reportée à cause du concours Gallimard, il était plus que temps de m'y remettre.

Ça doit faire un an que ce roman est achevé !

Au boulot, donc. Première étape ? La sélection des maisons d'édition auxquelles envoyer le manuscrit.

En théorie, on sélectionne des maisons d'édition qui publient des romans adressés au même public et du même genre littéraire que celui qu'on a écrit.
En pratique, on se rend dans une librairie, on examine les rayons un bic et un calepin à la main. Et on note le nom de tous les éditeurs dont les romans semblent correspondre. Le tout en ignorant les regards étonnés des acheteurs potentiels qui se demandent bien qui est cette énergumène qui réalise une étude comparative poussée avant d'acheter un roman (et qui, en plus, repart les mains vides) (bon, cette dernière phrase est un mensonge, je suis incapable de mettre les pieds dans une librairie et de repartir sans rien acheter).

De retour chez vous, il ne vous restera plus qu'à farfouiller sur internet pour trouver l'adresse à laquelle envoyer les manuscrits (les éditeurs ont l'art de planquer l'information en tout petit dans les rubriques les plus improbables de leur site internet) (bon, j'exagère, mais quand même).


Ceci dit, avoir passé deux heures en librairie et huit heures sur internet ne vous épargnera sans doute pas la lettre de refus type "Votre manuscrit ne correspond pas à notre ligne éditoriale". L'excuse préférée des éditeurs. Vous aurez beau posséder dans votre bibliothèque un roman adressé au même public, à la même tranche d'âge et du même genre littéraire, rien à faire. La lettre de refus comportera (presque) toujours cette même justification. Plus facile à dire que "Votre roman est nul, mal écrit, vous n'avez aucun style, vous feriez mieux d'abandonner au lieu de suer à grosses gouttes sur votre clavier durant vos longues soirées d'hiver", je suppose. Ou alors je n'ai vraiment rien compris.

PS : Pour ceux qui se posent la question, j'ai sélectionné dix-huit éditeurs... Pas sûre que j'enverrai mon manuscrit à tous dans un premier temps parce que c'est quand même un budget important qu'envoyer ces kilos de papier par la poste...

dimanche 30 décembre 2012

À la recherche d'un éditeur ?


Je vous ai parlé à maintes reprises de mon roman, "À la croisée des chemins". Celui que j'ai envoyé au concours Gallimard Jeunesse.

Il n'a pas été retenu. Poussée par ma curiosité, j'ai lu les trois premières pages de "La Passe-Miroir", un des trois romans finalistes. J'ai tout de suite compris pourquoi le mien n'avait pas été retenu. J'ai beaucoup aimé les trois pages que j'ai lues, même si je n'ai pas poussé ma lecture plus loin. Un roman, j'aime l'avoir en main. Le lire sur l'écran d'un ordinateur portable, il n'y a rien à faire, ce n'est pas très agréable.

Même si les trois pages que j'ai lues m'ont convaincue que j'étais une piètre écrivain en comparaison - hin hin hin - je ne renonce pas à tenter ma chance. Qui n'essaie rien n'a rien. D'autant plus que j'ai déjà lu des interviews de je-ne-sais-plus-quel-auteur-de-best-sellers qui affirmait que chaque roman qu'il lisait le confortait dans l'idée qu'il n'avait vraiment aucun talent. Les écrits des autres paraissent souvent merveilleux en comparaison des nôtres.

Quoiqu'il en soit, "À la croisée des chemins" sera bientôt enfourné dans des enveloppes et posté, direction Paris. Ce sera l'occasion pour moi de rendre visite à ma tante qui habite à la frontière française, histoire d'éviter les frais postaux internationaux qui coûtent un os - surtout quand on a des kilos de papier à envoyer.

Ce sera également l'occasion de vous présenter un petit résumé des conseils que j'ai grappillés par-ci par-là concernant la manière d'aborder les maisons d'édition.

PS : en ce qui concerne l'illustration... Ce livre est vieux mais je n'en reviens toujours pas qu'il ait été édité, lui ! Son titre : "La parfaite religieuse - Ouvrage également utile à toutes les personnes qui aspirent à la perfection" Hum hum, rien que ça...

samedi 15 décembre 2012

Tranches d'écriture (2)


 
Le concours Gallimard. J’ai envoyé mon manuscrit à la maison d’édition bien à l’avance (le 31 août à 8h du matin) (deadline : 31 août à minuit) (ça me laissait quand même 16h pour appuyer sur le bouton « envoyer », le délai me semblait raisonnable). Pleine de motivation (et de stress), après avoir relu (à vingt-huit reprises, sait-on jamais que j’aie laissé une faute d’orthographe qui handicaperait ma participation) les quelques phrases qu’il fallait introduire en plus du manuscrit (résumé du roman et description de l’auteur), j’ai appuyé sur « Envoyer ». Sauf qu’il ne s’est rien passé. Absolument rien. Ou presque. J’ai eu droit à un charmant message du type « Error ».

Argh. Sueurs froides. J’ai soudain compris le sens de la maxime « Ne pas remettre à demain ce qu’on peut faire aujourd’hui ». Mon fichu manuscrit était prêt depuis des semaines, pourquoi est-ce que j’avais attendu la dernière minute pour l’envoyer ? (Celui qui relève une contradiction dans mes affirmations peut passer son chemin). Après avoir longuement hésité et m’être finalement décidée à participer au concours, un stupide bug informatique allait compromettre ma participation ? Note pour moi-même : apprendre de ses erreurs ! (Est-il vraiment utile d’insister sur le fait que ce type de bug informatique m’était déjà arrivé lors d’un concours précédent ?). Heureusement, j’ai gardé mon calme (je n’ai absolument pas appuyé trente-deux fois d’affilée sur le bouton « envoyer » ni menacé de balancer mon PC par la fenêtre). J’ai retenté l’expérience avec un autre ordinateur. Aucun message d’erreur, manuscrit envoyé. Les dés étaient lancés.

Trois mois plus tard, j’ai appris (dans la presse) que je ne faisais pas partie des trois finalistes. Il ne me reste donc plus qu’à inonder les maisons d’édition concurrentes de mon manuscrit, et à croiser les doigts (si vous voulez, vous pouvez les croiser aussi !) (les croisements d’orteil sont également acceptés).

 Au carrefour du destin. Vous êtes plusieurs à avoir réclamé une suite à cette nouvelle (que vous pouvez relire ici si vous le souhaitez). J’avais gardé l’idée d’une suite dans un coin de ma tête sans vraiment savoir comment continuer l’histoire. Et puis, récemment, boum, illumination ! L’étincelle qui manquait a surgi dans mon esprit et depuis, j’écris, j’écris, j’écris. Sauf que la nouvelle est devenue roman. Vous allez devoir encore patienter longtemps avant d’avoir droit à une suite. Un roman non fantastique et destiné à un public adulte ! Comme quoi, tout arrive… En plus, ce roman m’inspire… Moi qui habituellement trainasse, tourne autour du clavier et trouve souvent plus intéressant à faire qu’écrire, je ne quitte plus mon pc. J’ai toujours écrit par périodes mais j’ai rarement été aussi assidue qu’aujourd’hui. Au grand désespoir de Muche qui commence à en avoir marre que je fasse semblant de l’écouter (bizarrement, quelques « hum hum » en gardant les mains sur le clavier et les yeux sur l’écran ne suffisent pas à le convaincre que je l’écoute attentivement !) 

Bref, j’ai rarement eu aussi facile à écrire. On verra ce que ça donnera lorsqu’il sera achevé.

mardi 31 juillet 2012

Signe ou coïncidence ?


Je ne crois pas aux coïncidences, je préfère croire aux signes. Je pense sincèrement que suivre son intuition et se fier à ses ressentis est une manière adéquate de guider sa vie. Plutôt que voir des coïncidences ou des hasards dans les événements qui ponctuent mon existence, je préfère y voir des signes quant à la direction à suivre ou la voie à emprunter.

Tout ça pour dire qu’hier soir, juste avant d’aller dormir, alors que je cherchais à trouver la date de parution d’un roman convoité, je suis tombée totalement par hasard sur la page web suivante. Si vous avez cliqué, vous comprenez certainement que mon heure de coucher a été retardée de deux bonnes heures (au grand désespoir de Muche qui n’avait qu’une envie, dormir, et qui a dû subir mon enthousiasme envahissant et une avalanche de questions du style « Je participe ? Je participe pas ? Tu en penses quoi ? »).

Un concours. Pas un bête concours d’écriture de nouvelles au-thème-aléatoire-qui-ne-me-parlera-sans-doute-pas. Non. Un concours organisé par Gallimard, destiné aux auteurs non publiés, un concours de romans jeunesse, dont le premier prix n’est autre que la publication dudit roman. Chez Gallimard. LA maison d’édition à laquelle rêvent tous les jeunes auteurs non publiés. Concours ouvert entre avril et août dont j’ignorais totalement l’existence. Concours dont je prends connaissance au moment où j’allais envoyer mon manuscrit aux maisons d’édition.

Alors, signe ou coïncidence ?

Bon, ça c’est pour le volet « enthousiasme ». Il y a également le volet « doutes et interrogations ». Un tel concours est une chance. D’autant plus qu’apparemment (d’après la vidéo ci-dessous), ils lisent vraiment tous les manuscrits jusqu’à la dernière ligne, ce qui n’est pas le cas dans les processus « classiques » d’édition. Ce qui leur permet d’évaluer le roman dans sa globalité et de repérer les points forts qui se manifestent parfois après les trente premières pages. Ensuite, les trois romans « finalistes » seront retravaillés en compagnie de l’éditeur, ce qui est quand même une chance exceptionnelle : vivre la correction d’un roman est sans aucun doute une expérience précieuse. Pénétrer dans le monde « secret » de l’édition (secret pour tous ceux qui n’ont jamais été publiés), même sans gagner et sans être publié, c’est une chance vraiment unique !

Passons au volet « doutes et interrogations », maintenant. D’abord, si on ne fait pas partie des trois finalistes, Gallimard se garde durant un an (jusque juin 2013) la priorité quant à la publication éventuelle des romans envoyés au concours. Ce qui n’est pas en soi quelque chose de négatif (je suppose que la maison d’édition veut pouvoir publier un roman non gagnant qui lui plait quand même suffisamment pour avoir envie de le publier). Sauf que si j’envoie mon texte au concours et qu’il n’est pas retenu (ce qui reste quand même l’option la plus plausible en termes de probabilité !), je devrai attendre un an avant de l’envoyer à d’autres maisons d’édition. Bon, ce n’est pas la mort, je peux attendre un an, je survivrai ! (D’autant plus que le temps à tendance à s’écouler plus rapidement au fur et à mesure des années, ce qui signifie que cette année devrait passer encore plus rapidement que la précédente qui a pourtant filé comme l’éclair…) (pas sûre d’être claire là) (pas sûre que ce soit si positif d’ailleurs, j’aurai septante ans avant même d’avoir le temps de dire ouf si ça continue !)

Par contre, faire partie des trois finalistes mais ne pas sortir gagnant est plus « ennuyant » (je mets des guillemets parce que si c’était le cas, je ne trouverais certainement pas ça ennuyeux mais plutôt exceptionnellement génial). N’empêche, « ennuyeux » (avec guillemets) parce que le roman-finaliste sera non seulement corrigé (ce qui est génial) mais aussi publié sur internet (ce qui est bien moins génial). Les lecteurs pourront voter pour leur préféré durant deux mois. Donc, si le roman se trouve parmi les trois finalistes mais ne gagne pas… Est-il encore publiable dans une autre maison d’édition ? Alors qu’il a été disponible sur internet durant deux mois ? A moins que Gallimard ne décide quand même de le publier ? (Pourquoi une maison d’édition refuserait-elle d’éditer un roman qu’elle trouve valable et sur lequel elle a travaillé durant six mois ?) C’est le point qui m’embête le plus.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Vous avez un avis sur la question qui pourrait m’éclairer et me débarrasser de mes derniers doutes ?

Autrement, pour ceux que ça intéresse, voici la vidéo, toujours intéressant pour ceux qui s’intéressent à l’édition et ignorent comme la sélection fonctionne en interne :

jeudi 26 juillet 2012

Tranches d'écriture (1)


Il y a un an, je débutais la rédaction d’un roman (baptisé depuis "La croisée des chemins", bouh je ne sais pas choisir les titres!). Dans quelques semaines, je confierai les manuscrits à une amie qui part en vacances en France afin qu’elle fasse un petit tour à La Poste pour moi. Parce que mine de rien, une douzaine de manuscrits à envoyer, ça constitue pas mal de kilos de papiers et les poster de Belgique pour Paris, ça coûte un fameux paquet d’argent. Pourquoi Paris ? Parce que c’est là que se trouve la majorité des éditeurs. Il en existe quelques-uns en Belgique mais ils sont rares et surtout, pas spécialisés dans l’édition de romans jeunesse. L’amie qui a proposé de les poster ne réalise pas à quoi elle s’engage : la tête dépitée de la dame-au-guichet face aux kilos de papier à poster, le regard meurtrier des gens-qui-font-la-file-à-la-Poste devant les kilos de papier et question lorsqu’ils évalueront le temps qu’il faudra à la dame-au-guichet pour tout peser, timbrer, poster.

Étant donné que ce roman est achevé, j’ai commencé à réfléchir au suivant. Or, depuis que j’ai commencé à écrire, il y a déjà huit ans (le temps passe vite !), j’ai eu plusieurs idées de romans – toujours destinés à la jeunesse – toujours dans les catégories fantasy et fantastique. Ces idées ont abouti à :
  • Une trilogie dont le premier tome est achevé (et a déjà été réécrit deux fois) et le second abandonné au quart
  • Une seconde trilogie pour laquelle je ne suis jamais allée plus loin que le synopsis
  • Une troisième trilogie dont j’ai interrompu l’écriture au quart
Il y a un an, lorsque j’ai débuté l’écriture du roman-qu’une-amie-va-poster-en-France, c’était justement parce que j’en avais marre des trilogies fantasy qui n’aboutissent à rien. J’avais alors décidé de repartir à zéro et de me lancer dans l’écriture d’un roman non fantastique en un seul tome. Quand on débute, autant commencer par des choses simples et « faciles ».

Face à cette liste ce romans inaboutis et inachevés, j’ai décidé récemment de reprendre chacune des bonnes idées de ces romans, de les mixer et d’en sortir un nouveau, plus réfléchi, plus abouti. C’était l’idée de départ. Sauf que… Sauf que pour ça, il me fallait me replonger dans ces romans inachevés. Ce que j’ai fait hier avec « la troisième trilogie dont j’ai interrompu l’écriture au quart ». Et, à ma grande surprise, j’ai été complètement emportée. Dans mes souvenirs, ce roman était plutôt nul et mal écrit (ce qui explique pourquoi je l’avais abandonné). Je n’y avais plus touché depuis trois ans (date des documents Word faisant foi, ça remonte loin !). Je me souvenais à peine des grandes lignes du synopsis. Pourtant, quand j’en ai tourné la dernière page, hier, j'ai été complètement dépitée en constatant que la suite n’était pas encore rédigée et qu'il me faudrait patienter avant de découvrir la suite. (Bon, en vrai je la connais la suite hein, puisque c'est moi qui l'ai écrit, j'aurais simplement aimé pouvoir la lire immédiatement !).

Tout ça pour dire que mes plans ont changé. Je ne vais pas mixer plusieurs romans en un seul mais continuer celui-là. Le retravailler (il n’est pas parfait, évidemment, mais l’avoir lu après trois ans sans y avoir touché m’a permis d’identifier facilement les faiblesses), l’améliorer, et l’achever. Au boulot !

mardi 5 juin 2012

♦ Au carrefour du destin ♦


Isabelle jeta un coup d’œil à l’horloge qui trônait dans la salle d’attente et soupira bruyamment, espérant vaguement que son soupir se frayerait un chemin jusqu’aux oreilles de l’ostéopathe et lui signalerait sa présence. Peine perdue : la porte resta close tandis que les minutes continuaient de s’égrener lentement.

La jeune femme fit mine de se lever, se ravisa, se rassit sur la chaise inconfortable. Elle appuya sa tête contre le mur et ferma les yeux, tâchant vainement de chasser le mal de crâne qui la tenaillait depuis de longues semaines et qui l’avait poussée à prendre rendez-vous chez un spécialiste conseillé par une bonne amie.

-          Spécialiste du retard, oui ! maugréa-t-elle.

Brune, la trentaine, les cheveux courts et les yeux noisette, Isabelle n’était pas particulièrement jolie mais elle possédait un charme et une chaleur qui attiraient les regards. Ou plutôt, un charme et une chaleur qui avaient attiré les regards. Depuis de longs mois, elle avait senti sa joie de vivre s’évanouir peu à peu, disparaître dans les tréfonds de son âme, laissant la place à des migraines incessantes et à un mal-être grandissant.

À un point tel que celle qui ne jurait que par la médecine traditionnelle s’était laissée convaincre par Julie et avait pris rendez-vous chez l’ostéopathe-qui-fait-des-miracles dont son amie lui rabattait les oreilles. Le peu d’effets des médicaments prescrits par son médecin et le mystère qui entourait la transformation radicale de son amie – en quelques semaines, la jeune femme d’une timidité maladive et d’une maladresse incontrôlable s’étaient transformée en une créature rayonnante, drôle et émouvante – avaient eu raison de ses dernières hésitations.

-          Bonjour !

Isabelle sursauta. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, un homme se tenait face à elle et l’observait, un léger sourire aux lèvres. Petit, la quarantaine, les yeux bleus très pâles entourés de petites lunettes rondes, il était vêtu d’un vieux jean élimé et d’un pull vert informe.

-          Madame Legrand ?

Elle comprit qu’il s’agissait du fameux ostéopathe et non d’un patient lorsqu’il prononça son nom. Elle serra la main qu’il lui tendait et le suivit dans la salle de consultation, vaguement irritée par son apparence. Pas de blouse blanche, des vêtements douteux, un sourire doucereux. Dans quelle galère s’était-elle embarquée ?

Il lui désigna un vaste canapé confortable et elle s’y installa, légèrement étonnée. La pièce ne ressemblait pas à un cabinet médical. Un feu brûlait dans l’âtre, chassant la fraicheur de l’hiver ; les murs étaient peints dans des couleurs chaleureuses, bien loin du blanc médicalisé ; aucun bureau dans la pièce mais deux canapés séparés par une petite table basse ; seule la table à massage qui trônait près du feu rappelait la profession de son propriétaire.

-         Alors, qu’est-ce qui vous amène chez moi ?

Isabelle s’arracha à son observation et reporta son attention sur son interlocuteur. Il la fixait chaleureusement, un petit sourire aux lèvres, attendant qu’elle se confie. La jeune femme ouvrit la bouche mais la referma aussitôt, hésitant encore à s’enfuir en courant. Elle comprenait mieux les mises en garde de Julie qui n’avait cessé de rabâcher sur l’originalité du spécialiste : « Je te conseille fortement de prendre rendez-vous mais je te préviens : cet homme va chambouler ta vie. Si tu n’es pas prête au changement, n’y va pas. Si tu t’y rends, ne t’étonne pas de te trouver face à un original. »

Sur le moment, elle n’avait guère prêté attention aux propos étonnants de son amie. À présent qu’elle était face à l’ostéopathe-qui-fait-des-miracles, elle hésitait à prendre la fuite, vaguement consciente de la justesse des propos de Julie : il avait à peine ouvert la bouche, pourtant elle sentait au fond de son âme que cet homme portait en lui la capacité de transformer sa vie.

Haussant les épaules, Isabelle replaça une mèche brune derrière son oreille. Elle avait pris sa décision.

-          Je suis sujette à d’insupportables migraines, expliqua-t-elle.

L’ostéopathe hocha la tête. D’un geste de la main, il désigna la table de massage.

-         Je vais voir ce que je peux faire pour vous. Vous pouvez vous mettre en soutien-gorge – gardez votre pantalon – et vous allonger sur la table.

À ces mots, Isabelle frissonna. Elle avait toujours détesté se déshabiller devant les médecins. Elle les haïssait de posséder ce pouvoir : un mot de leur part et vous voilà nu comme un ver face à leurs blouses blanches et leurs regards impudiques. Chassant ces pensées désagréables, elle se dévêtit en se demandant vaguement s’il prêterait attention au petit bourrelet qui débordait de son pantalon.

À sa grande surprise, lorsqu’il se rapprocha d’elle et posa ses mains sur ses épaules, Isabelle était totalement détendue. Ses mains parcoururent son dos, s’arrêtant sur certains endroits, en survolant d’autres. Au bout de quelques minutes de cet examen minutieux, il se racla la gorge.

-         C’est bien ce que je pensais, affirma-t-il doucement. Votre migraine est probablement liée à vos nombreuses distorsions.

À ces mots, Isabelle tourna la tête dans sa direction, vaguement étonnée par son diagnostic.

-         Distorsions ?

Il lui sourit doucement.

-         Vous n’avez jamais entendu ce mot dans un contexte médical, n’est-ce pas ?

Elle acquiesça – ou plutôt essaya, sa position n’étant pas vraiment compatible avec un tel geste.

-         Ça ne m’étonne guère. Je vais vous expliquer ma théorie, vous me confierai ensuite ce que vous en pensez. Je vous demande de me laisser aller jusqu’au bout sans m’interrompre, même si mes propos vous surprennent. C’est entendu ?

Il s’éloigna de la table où elle était allongée sans attendre sa réponse, tira une chaise et s’assit à ses côtés. Lorsqu’il plongea ses yeux bleus dans les siens, Isabelle retint son souffle, transpercée par la profondeur de son regard.

-         Les distorsions correspondent à des moments où vous avez choisi de partir à gauche alors que votre route tournait à droite. J’aime également les nommer rendez-vous manqués avec son propre destin.

Il soupira sans la quitter du regard. Isabelle resta silencieuse, incapable de prononcer le moindre mot, cherchant vaguement à comprendre pourquoi le charabia qui sortait de la bouche de cet illuminé provoquait un tel écho en elle.

-         Je ne suis pas très clair, excusez-moi, mais les distorsions ne sont pas un phénomène aisé à expliquer. Pour faire simple, disons que chaque être humain possède un chemin tracé, que certains aiment prénommer destin. Ce chemin est flou, il ne signifie pas que notre vie est tracée d’avance. Il s’agit simplement d’une direction générale liée à notre personnalité et ancrée profondément en chacun de nous. Un chemin qui donne sens, cohérence et valeur à notre vie. Un chemin intimement lié à notre bien-être et à notre bonheur. Or, dans la société actuelle, les gens ont perdu l’habitude et la capacité à ressentir, à écouter leurs émotions, à percevoir les messages de leur propre corps. Leurs choix sont dictés uniquement par leur raison, par leur cerveau, par leur éducation. Ils perdent leur aptitude à s’écouter et ce faisant, ils s’éloignent de leur propre chemin. Ils tournent à gauche là où leur ressenti leur hurle de prendre à droite. Ils provoquent des distorsions et chacune de ces distorsions s’inscrit profondément dans leur corps, causant douleurs en tout genre, allant des migraines aux maux de dos, en passant par les troubles gastriques.

-         J’ai du mal à saisir… murmura Isabelle. Vous pensez que ma migraine est due à une série de distorsions ?

-         J’en suis certain. Regardez, je vais vous montrer.

Il se leva et posa à nouveau ses mains sur son dos nu. Il entreprit de masser un point précis dans le creux de son dos. Aussitôt, Isabelle sentit sa respiration s’emballer, tandis que des souvenirs affluaient dans son esprit. Derrière ses yeux clos se dressait une grille de fer ouvragée qu’elle reconnut immédiatement comme celle qui séparait la rue de l’allée de son ancien petit ami. Elle se revit quelques mois plus tôt, le doigt posé sur la sonnette. Nicolas l’avait mis hors d’elle, elle l’avait foutu dehors, il lui manquait terriblement, elle hésitait à le rappeler. Au bout de longues minutes, elle avait pris sa décision, elle avait fait demi-tour, elle s’était éloignée sans jeter un regard en arrière. Ils se disputaient sans arrêt, sa mère avait sans doute raison, il n’était probablement pas fait pour elle.

Elle ne l’avait plus jamais revu.

Lorsque le massage cessa, elle ouvrit les yeux et réalisa qu’ils étaient emplis de larmes.

-         C’était une distorsion ?

L’ostéopathe acquiesça.

-         C’était une distorsion. Un passage de votre vie où vous vous êtes trouvée face à un choix. Où votre intuition vous hurlait de prendre à gauche et où vous avez préféré écouter votre raison et partir à droite.

Il resta silencieux tandis qu’elle réfléchissait aux implications de ces paroles. Étrangement, elle ne doutait plus. Tout son être lui hurlait que les propos de cet homme, bien qu’étranges, étaient pleins de bon sens. Soudain, elle réalisa que sa migraine avait reflué. Ce dernier élément acheva de la convaincre.

-         Comment fait-on pour retrouver son chemin ? demanda-t-elle, troublée.

-         On s’écoute. On est attentif à ses propres émotions ainsi qu’aux messages de son corps. On prête attention à ses envies qui ne sont jamais anodines. Mais surtout, on fait confiance à son instinct et à son intuition.

 À ces mots, Isabelle fit la moue, découragée.

-         Et concrètement, on fait quoi ?

Sa réflexion arracha un petit rire à l’ostéopathe-qui-fait-des-miracles. Un rire sincère, qui se reflétait aussi bien sur son visage que dans ses yeux. En l’observant, Isabelle que cet homme dégageait une chaleur extraordinaire. Plus que ça : il paraissait parfaitement calme et serein. Il était à sa place.

-          Venez, je vais vous montrer, murmura-t-il.

Isabelle n’hésita plus. Elle se redressa, renfila ses vêtements et le suivit jusqu’au canapé. Elle sourit en constatant qu’elle se sentait sereine. Julie avait raison. Cet homme allait bouleverser sa vie.


***

mardi 22 mai 2012

Si j'étais magicien

Je me suis attirée la poisse en affirmant que ma nouvelle ne possédait pas le je-ne-sais-quoi suffisant pour gagner un prix. Ou plutôt, qu'elle possédait un je-ne-sais-quoi qui me déplaisait suffisamment pour estimer ne rien mériter gagner. N'empêche, je suis déçue, malgré le "ça ne signifie pas que votre texte ne soit pas de qualité mais nous avons reçu plus de 500 nouvelles". Gnagnagna. Si je veux être éditée un jour, mon texte ne devra pas surpasser 500 autres mais plusieurs milliers. J'ai plutôt intérêt à trouver le je-ne-sais quoi qui me turlupine d'ici là.

Pour info, le thème du concours était "Si j'étais magicien". A nouveau, désolée pour la mise en page qui n'est pas top, si quelqu'un connaît un truc pour améliorer ça, je suis preneuse.
  


AZRÌEL L’ENVOÛTEUR

Juché sur son cheval de jais, Azrìel tira sur les rênes, forçant l’animal à s’immobiliser. Il se retourna et embrassa le paysage du regard. Son cœur se serra tandis qu’il contemplait Reìs, la petite ville qui l’avait vu grandir, baignée dans le soleil de midi. Il s’était déjà trop éloigné pour en distinguer chaque détail mais il reconnut la forge de Roderìk et le Castel dont les pierres noires tranchaient avec l’ocre dans lequel étaient bâtis les villages du Sud.

En soupirant, l’envoûteur s’arracha à sa contemplation et reporta son attention sur le chemin rocailleux qui s’ouvrait face à lui. Encore quelques pas et il franchirait une frontière invisible qui mettrait un terme définitif à son enfance. Derrière son dos reposaient sa jeunesse, son insouciance et les souvenirs de son apprentissage ; sous ses yeux, par-delà le coude du chemin, l’attendait un futur qu’il espérait glorieux.